Hanuman

Janvier 2015, Inde, quelque part dans le Kerala.

Après une très longue marche sous le soleil matinal indien, nous arrivons, mon conjoint et moi, au pied du temple. La bâtisse en dur se dresse au milieu de nulle part, sur cette splendide colline qui surplombe une région quasi déserte. De là où je l’observe, elle semble encore minuscule. Il y a très peu de gens : les chauffeurs de tuk-tuk attendent patiemment pieds nus croisés sur le volant de leur bolide, les touristes vont et viennent, les stands de fortune sont clos. Seul un groupe de singes intrigués-intriguants surveille l’accès au temple sacré.

Je découvre une montée pentue aux escaliers d’un blanc aveuglant que j’emprunte avec entrain, que je gravis avec peine tant les marches sont nombreuses. Je me souviens avoir très peu relevé la tête ! Et je me souviens surtout de cette vieille dame, vêtue d’un sari fushia, qui descend ; je la croise en contre-sens (marchant du côté droit alors que les indiens circulent à l’inverse). Elle relève doucement la paume de sa main gauche et, comme un réflexe, ma main droite l’imite. Ainsi, arrivées l’une face à l’autre nos deux mains se touchent, se frôlent, se touchent. Surprise, hébétée, je poursuis l’ascension divine en me retournant vers cette femme, me confondant en excuses. Aujourd’hui encore je pense à cette elle. Cette étape du voyage est devenue un souvenir encore plus cher avec cette rencontre intriguante.

Enfin parvenue au bout du parcours, je peux relever les yeux. Essoufflée, prise de vertige par le vide environnant, je suis surtout émerveillée par le nombre conséquent de personnes présentes. Chacun va et vient, vaque à sa tâche, contemple le paysage magnifique, restaure l’autel avec de la peinture, discute du quotidien. Dévoués à leur dieu, hommes et femmes gravissent chaque jour ces marches interminables, cette colline, pour presque toucher le ciel et le soleil et se retrouver, tous ensemble, sous la protection d’Hanuman.

Ainsi je peux confirmer le mythe qui se dit, à propos de ce pays qu’est l’Inde. Une partie de moi y est resté. Une partie de l’Inde m’accompagne au quotidien. Peut-être est-ce lié au contact de la dame au sari fushia ?

L’Inde… ses couleurs, ses odeurs, ses habitants, cet ensemble qui est tout et son contraire, ne cesseront de m’émerveiller tant elle est magique.